La charcuterie corse s'inscrit dans une histoire millénaire

Le porc, dont la chair, si diversement préparée par les charcutiers modernes, fait les délices des gourmets, était méprisé des Egyptiens, et Moïse l'inscrivit au nombre des viandes impures qu'il défendit aux Hébreux de manger. Les plus anciens peuples de l'Orient ne connurent donc pas les saucisses, saucissons, pâtés, jambons, etc., dont l'amoncellement est depuis des siècles l'orgueil parisien de la foire aux jambons.

Les Grecs réhabilitèrent cet animal jusqu'à en faire la victime préférée des sacrifices offerts aux dieux. Ils en employaient d'ailleurs la graisse en cuisine.

Les Romains apprirent fort probablement d'eux les premières préparations du porc. Ils devaient en pousser l'art beaucoup plus loin, et depuis lors, l'Italie est restée terre d'élection des charcuteries les plus délectables.

Une loi, la loi porcella, déterminait à Rome la manière d'élever, de nourrir, de tuer, de préparer le porc.

Cette même loi réglait la profession de charcutier. Nous ne parlerons pas de tous les raffinements apportés à la cuisson du porc dans la cuisine romaine, mais seulement de la viande de porc que les Romains préparaient de maintes manières au temps de l'Empire et qu'ils conservaient en la mélangeant avec du sel, des épices et des aromates. Les mortadelles, les salamis et toutes les spécialités italiennes étaient fort probablement déjà préparées à cette époque, sous d'autres noms, à peu près comme de nos jours.

On aimait alors particulièrement la matrice et les tétines, quand la bête n'avait pas encore allaité. Et quant aux hachis qui paraissaient sur les tables romaines, sous forme de saucisses ou de saucissons, ils avaient nom : farcimina, tobelli, tomacula, et tomacina, etc.

Ce fut en somme chez les Romains que se développa l'art de la charcuterie. Les techniques de la charcuterie corse et ses produits : le prisuttu, le lonzo, la coppa et le figatelli, préservée par l’isolat, remontent probablement à cette époque.

Ces fabrications furent plus ou moins conservées en France au moyen âge. mais le métier de charcutier fut longtemps confondu avec celui de cuisinier-oyer qui forma au XIVe siècle seulement deux catégories : celle des chaircutiers et celle des rostisseurs.

C'est en 1476 que les charcutiers obtinrent le droit d'être seuls à vendre de la viande de porc, apprêtée, cuite ou crue, comme le lard seulement dans ce cas, mais ils ne pouvaient tuer eux-mêmes les porcs et devaient en acheter la viande aux bouchers.

Jusqu'au XV siècle, les « chaircutiers» vendirent presque exclusivement de la viande cuite. La chair de porc frais faisait, comme les autres viandes, partie du commerce des bouchers. Les statuts du 17 janvier 1475 reconnaissent aux seuls maîtres chaircutiers-saucissiers boudiniers le droit de vendre de la chair de porc, soit cuite, soit apprêtée en cervelas, saucisses, boudins, etc...

Au XVIe siècle, ils obtinrent enfin le droit de tuer eux-mêmes leurs porcs. Un arrêt du 26 mars 1664 les obligeait à n'acheter leurs bêtes qu'à une distance supérieure à 20 lieues autour de Paris, défense qui n'existe plus depuis la création des marchés à bestiaux dans l'enceinte de Paris.

Cette foire existe depuis un temps très lointain et l'on prétend qu'elle débuta sur le parvis Notre-Dame. Il s'y fait actuellement d'importantes transactions.